
Une grève étudiante se prépare au Québec pour la semaine du 9 novembre. Organisée par la CRUES, il s’agirait de la quatrième grève depuis un an : 52 000 étudiants en grève le 7 novembre 2025, 68 000 pendant la semaine du 23 mars, 35 000 lors du 1er mai.
Si la mobilisation actuelle atteint le palier de 40 000 étudiants en grève (la majorité des assemblées de grève auront lieu la semaine du 2 novembre), la semaine de grève aura lieu, comme tremplin vers une grève générale illimitée à la session d’hiver ou plus tard en 2027. Les étudiants communistes du PCR appuient cette initiative et participent aux efforts de mobilisation pour ce plan d’escalade de la lutte.
Bâtir la grève
Les revendications de la campagne ont le potentiel de mobiliser les étudiants : une réforme de l’aide financière aux études, pour la bonifier et la rendre plus accessible, et un refinancement dans les institutions d’enseignement, c’est-à-dire plus d’argent pour rénover les établissements scolaires, embaucher des employés de soutien et construire des résidences étudiantes abordables. Toutefois, le défi de bâtir le mouvement de grève se situe surtout du côté de la mobilisation, et de la création d’un mouvement étudiant unifié.
Ainsi, dans plusieurs assemblées de grève sur les cégeps et les universités, les étudiants communistes expliquaient qu’il était crucial, pour que non seulement les votes de grève passent, mais aussi que les étudiants se présentent en masse sur leurs piquets, que les associations organisent des assemblées générales d’éducation, des conférences, des tournées de classe et des séances de tractage – c’est-à-dire une vaste campagne d’éducation sur l’austérité à venir et la nécessité de la grève, afin de convaincre les étudiants de se mobiliser.
Ces idées ne sortent pas de nulle part : c’est à travers elles que la grande grève de 2012 a été patiemment préparée pendant plus d’un an. Le mouvement étudiant doit impérativement renouer avec ces tactiques qui ont fait leurs preuves.
Comme les camarades l’ont expliqué, on ne peut tenir l’appui des étudiants pour acquis. Au Cégep du Vieux-Montréal, censé être un bastion du mouvement, le vote de grève a été perdu en raison d’une mobilisation insuffisante.
Malheureusement, plusieurs camarades se sont fait répondre par des militants aux assemblées que la mobilisation n’était plus nécessaire, du moment que le vote était passé, et qu’il n’appartient pas aux étudiants d’une association étudiante d’aller aider à mobiliser ailleurs. C’est la mauvaise approche. Tous les campus gagnent à mobiliser un maximum d’étudiants à travers le Québec. Sans une mobilisation pour encourager tant une participation maximale qu’une extension sur un maximum de campus, la semaine de grève aura plutôt l’air d’une semaine de vacances et aura peu d’impacts. Il est encore temps de changer de cap.
Unifier le mouvement
Un deuxième obstacle de taille se dresse devant le mouvement étudiant : sa division.
La CRUES, avec ses 12 associations représentant 27 000 membres, organise la semaine de grève du 9 novembre, ainsi que des manifs comme celle du 13 novembre.
De l’autre côté, d’autres associations (FECQ, UEQ, FAECUM – regroupant 127 assos locales et 220 000 étudiants) organisent en parallèle une manifestation le 5 novembre intitulée « Convergence des luttes – les lycéen.ne.s nous montrent la voie » – aussi contre l’austérité et la précarité étudiante, ainsi qu’une grève d’une journée le 10 novembre pour la rémunération des stages.
Pourquoi le mouvement étudiant est-il scindé en deux?
Un camarade du PCR, ayant participé au comité d’organisation de la manif du 5 novembre a posé la question aux représentants de ces associations. Ils ont répondu que c’est parce que la CRUES a voté une « motion de méfiance » contre elles.
On peut en effet lire dans ses positions : « Que la CRUES soit méfiante à l’égard de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et de l’Union étudiante du Québec (UEQ), ainsi que toutes leurs prochaines appellations. » La CRUES considère que la FECQ et l’UEQ sont moins « revendicatrices et combatives » et ont des pratiques de conciliation avec le gouvernement.
Elle a raison de dénoncer l’attitude conciliatrice d’une partie du mouvement étudiant et de défendre une approche combative. Mais nous devons aussi souligner qu’adopter une attitude sectaire envers les associations étudiantes moins combatives n’est pas la bonne façon de vaincre les conciliateurs.
Des dizaines de milliers d’étudiants sont organisés dans la FECQ et l’UEQ, dont un grand nombre pourrait être gagné aux méthodes de lutte radicales prônées par la CRUES. Une telle attitude de « méfiance » contribue à ériger une barrière avec des milliers d’étudiants qui n’ont pas choisi le leadership modéré de leur fédération étudiante. Adopter une attitude sectaire envers leur association étudiante aura plutôt pour effet de les dégoûter du militantisme étudiant.
L’initiative d’une manifestation le 5 novembre est objectivement une bonne idée pour le mouvement. Au lieu de mettre la main à la pâte et d’y amener une énergie radicale, voire d’utiliser la manif comme un tremplin vers la grève de la semaine suivante, la CRUES semble se tenir à l’écart de cette manifestation car elle n’est pas « organisée par les bonnes personnes ». Nous espérons que les prochains jours prouveront que nous avons tort et que la CRUES appellera à y participer.
En militant côte à côte avec les assos modérées, tout en montrant l’exemple de ce que les méthodes de lutte radicales peuvent accomplir, la CRUES pourrait au contraire forcer les assos modérées à la suivre, au risque de perdre la face devant leurs membres.
Cette division du mouvement étudiant entre deux ailes se mobilisant chacune de leur côté doit être surmontée. Rappelons qu’un fossé similaire avait été comblé en 2012 entre l’ASSÉ, la FECQ et la FEUQ, ce qui avait permis de mobiliser un demi-million d’étudiants et de faire tomber le gouvernement libéral.
D’une part, la FECQ, l’UEQ et la FAECUM devraient participer à la grève du 9 au 13 novembre, peu importe l’attitude de la CRUES à leur égard. Mais de l’autre, les militants de la CRUES ont tout intérêt à faire de la manifestation du 5 novembre une large démonstration de force.
Quant aux camarades du PCR, nous participerons avec enthousiasme à la manifestation du 5 novembre, et à la mobilisation pour la semaine de grève. Suivant les révolutions Gen Z à l’automne 2025 et le présent automne rouge en Europe, la jeunesse québécoise est mûre elle aussi pour entrer dans la bataille contre l’austérité capitaliste. La guerre de classe ne fait que commencer!