
Trump parle d’acquérir le Groenland depuis son premier mandat. Ces dernières semaines, il a intensifié ses menaces. Il a évoqué l’achat pur et simple du Groenland, a menacé d’imposer des droits de douane aux pays refusant de soutenir son annexion, et a même refusé pendant un moment d’exclure le recours à la force militaire.
« Nous allons faire quelque chose avec le Groenland », a-t-il déclaré, « à l’amiable ou à la dure ».
Étant donné que le Groenland est de facto une colonie du Danemark, pays membre de l’OTAN, ces menaces ont provoqué la panique quant à la possibilité que soit détruite l’alliance. Elles ont aussi semé la peur chez les populations du Groenland et du Danemark.
Puis, le 21 janvier, Trump a annoncé qu’il avait conclu avec l’OTAN un « projet d’accord concernant le Groenland ». Les classes politiques en Occident ont poussé un soupir de soulagement.
Mais que signifie réellement cet épisode pour le Groenland et pour l’avenir de l’OTAN ?
Que veut Trump?
Alors que l’impérialisme américain entre dans une phase de déclin relatif, Trump tente de renforcer son contrôle dans la périphérie des États-Unis.
Le Groenland présente un intérêt particulier pour l’impérialisme américain, compte tenu de sa position stratégique le long des routes transatlantiques essentielles à la défense. Les États-Unis ne peuvent accepter un Groenland indépendant, craignant que la Chine ou la Russie n’y prennent pied.
D’autre part, Trump sait que le Danemark n’a pas la force militaire nécessaire pour défendre le Groenland. En effet, depuis la Seconde Guerre mondiale, la défense militaire du Groenland est assurée par les États-Unis. Le Danemark ne serait pas en mesure de défendre son territoire, même s’il décuplait ses effectifs militaires.
Le Royaume du Danemark craint de perdre une colonie
Après l’escalade des menaces de Trump à l’encontre du Groenland, les responsables politiques de l’OTAN à travers le monde ont promis leur soutien à la souveraineté du Groenland et du Danemark, et ont dépeint une image du Danemark et du Groenland comme unis contre leur menace commune.
Mais le fait est que le Danemark n’est pas la victime dans cette affaire. La classe dirigeante danoise est indignée par les menaces de Trump parce qu’elle considère le Groenland comme sa propriété.
Sous cette domination, les Groenlandais vivent avec un taux de pauvreté de 17,8 % en 2025, un manque criant d’infrastructures (moins de 160 km de routes revêtues sur toute l’île!) et la majorité de la population inuite subit les séquelles d’une oppression brutale de la part du Danemark, notamment des campagnes de stérilisation forcée et d’assimilation.
Il n’est pas surprenant que le message adressé par la classe dirigeante danoise au Groenland pendant cet épisode mouvementé ait été : tenez-vous tranquilles, laissez les adultes s’en occuper et ne parlez pas d’indépendance.
Lors d’une réunion tenue le 6 janvier, les responsables politiques danois ont omis de partager avec leurs homologues groenlandais les informations concernant les menaces américaines pesant sur leur propre pays. À l’issue de la réunion, un participant groenlandais a demandé : « Sommes-nous des sujets qui seront informés plus tard, à huis clos, ou sommes-nous des égaux? »
L’establishment danois dans son ensemble a également reproché au Groenland ses discours sur l’indépendance, sous prétexte que cela aurait incité Trump à proférer ses menaces. Un article affirmait : « Les Groenlandais s’emploient à fournir aux États-Unis de bons arguments pour justifier la nécessité d’une annexion américaine. »
Le fait que Trump veuille remplacer le Danemark en tant qu’oppresseur du Groenland ne change rien au fait que le Danemark est actuellement leur oppresseur. Parler de « défendre » le Danemark contre Trump revient à défendre son droit à poursuivre cette oppression.
L’OTAN à la rescousse
Les autres pays de l’OTAN, après avoir déclaré leur appui à la souveraineté du Groenland, se sont-ils avancés pour la défendre? Non. Une poignée de soldats ont été envoyés, de façon purement symbolique. C’est tout ce à quoi on pouvait s’attendre.
De un, l’OTAN ne fait pas la guerre pour des principes, mais pour ses intérêts stratégiques et économiques. De deux, les pays européens n’arrivent même pas à s’entendre sur l’envoi de troupes en Ukraine pour résister à la Russie – l’idée qu’ils puissent résister aux États-Unis est encore plus risible.
Cela signifierait non seulement confronter la plus grande puissance impérialiste au monde, mais confronter un allié de l’OTAN, ce qui signifierait la fin de l’alliance.
Il faut aussi remarquer qu’aucune des déclarations en appui au Groenland ne mentionnent Trump par son nom. Ce n’est pas un hasard. L’Europe est particulièrement faible, frappée par la crise, et dépendante des États-Unis.
Malgré toutes leurs belles paroles, il n’y avait aucune chance que l’Europe vienne à la rescousse du Groenland.
Un projet d’accord
Mais, après des semaines de provocations, Trump a annoncé un « projet d’accord » avec l’OTAN, indiquant qu’il faisait marche arrière pour l’instant. Il l’a ensuite qualifié de simple « concept d’accord ». Mais que pourrait-il signifier s’il venait à se concrétiser?
Ce projet a émergé dans une discussion entre Trump et Mark Rutte, le sécrétaire général de l’OTAN. Bien qu’il y ait peu de détails sur cette discussion, Trump a parlé d’un bouclier antimissile américain qui serait en partie basé au Groenland.
Des responsables anonymes cités par le Telegraph ont comparé cette proposition aux bases militaires britanniques à Chypre, qui sont considérées comme territoire britannique. La même source indique que cet accord pourrait également permettre aux États-Unis d’exploiter des minerais rares sans l’autorisation du Danemark.
Le fait que Rutte mène ces discussions avec Trump sans consulter le Danemark montre à quel point il se moque de l’opinion du Danemark, sans parler du Groenland. Ils n’ont aucune carte à jouer, et Trump le sait. Il voit clairement la possibilité d’obtenir ce qu’il veut sans autorisation.
Ce que cet épisode démontre en fin de compte, c’est la fragilité de l’OTAN dans le contexte de la rivalité entre les grandes puissances, alors que Trump cherche à protéger ses intérêts dans son voisinage immédiat et se heurte aux limites de l’alliance. Mais nous n’avons aucun intérêt à pleurer la disparition de ce repaire de brigands.
Nous défendons fermement le droit du Groenland à l’autodétermination, tant contre les attaques de Trump que contre l’impérialisme danois, soutenu (même si c’est faiblement) par l’OTAN.
La seule arme dont disposent les nations opprimées comme le Groenland, et dont disposent tous les peuples opprimés, est leur propre force collective. C’est pourquoi nos camarades aux États-Unis et au Danemark s’organisent pour renverser tout ce système impérialiste.