
D’après la presse occidentale, la Russie, accablée par les drones et les sanctions, est sur le point de s’écrouler. Mais tournez seulement la page, et vous apprendrez soudain qu’elle est aussi une terrifiante machine de guerre prête à défier toute l’Europe dans quelques années.
Les médias ne flottent pas au-dessus de la société. Ils s’inscrivent au cœur de rapports de classe précis et servent les intérêts d’une classe bien déterminée. C’est la tâche des marxistes que de comprendre vraiment ce qui se passe avec la Russie.
Porter la guerre sur le front économique russe?
La presse occidentale a fait grand cas des images de raffineries de pétrole en flammes à la suite de frappes aériennes portées par des drones ukrainiens. Elle les présente comme preuves de l’écroulement imminent de la Russie. Et en effet, à la fin du mois d’août, la production d’essence russe n’était plus suffisante que pour couvrir 70% des besoins nationaux.
Toutefois, l’État est assez rapidement intervenu pour restreindre les exportations, augmenter les importations et redistribuer le carburant entre toutes les régions. Il est difficile de décrire cette situation comme un effondrement complet.
Le ciblage et l’incendie des entrepôts Ozon et Wildberries par des drones ukrainiens constituent une « preuve » encore plus faible des soi-disant succès militaires ukrainiens. Détruire un entrepôt rempli de biens de consommation ne pousse pas d’un seul centimètre l’économie russe plus près du gouffre. Tout ce qui en résulte, ce sont des travailleurs morts et blessés.
Ces frappes n’ont fait que renforcer le soutien pour la guerre à l’intérieur de la Russie, ce qui contredit une autre affirmation courante dans la presse occidentale – l’idée selon laquelle un soulèvement contre Poutine serait imminent.
Les contradictions sociales se multiplient bel et bien aujourd’hui en Russie. Mais c’est un processus très lent et graduel. L’État russe a fait montre d’une bien plus grande capacité d’adaptation à la guerre que ce que les classes dirigeantes occidentales n’ont jamais voulu reconnaître. L’économie russe dispose d’un puissant héritage industriel et technique datant de l’époque soviétique. De plus, le régime se maintient dans une position favorable en soutenant la Chine dans sa confrontation impérialiste avec les États-Unis.
À l’intérieur des frontières russes, il conserve aussi le soutien de bien des gens, qui le voient comme la seule force capable de protéger le pays des menaces incessantes des dirigeants de l’OTAN.
Une arme bien pratique
L’affirmation selon laquelle la Russie s’apprêterait à attaquer l’OTAN a si souvent été répétée qu’elle a peu à peu cessé d’être comprise comme une prédiction : elle jouit désormais du statut de fait établi. Mais à y regarder de plus près, tout ce raisonnement tombe en morceaux.
En cela, le Danemark offre un exemple révélateur. Son propre service de renseignement militaire indique qu’il n’existe actuellement aucune menace d’attaque russe contre le royaume. Le Danemark étend pourtant sa présence militaire en Arctique et appelle l’OTAN à renforcer sa présence militaire dans la région. Il est dans l’intérêt de la classe dirigeante danoise de renforcer ses prétentions territoriales sur l’Arctique, et la Russie lui fournit à cette fin un motif fort utile.
Le fait est que la rhétorique anti-russe est devenue une arme politique extraordinairement pratique pour la classe dirigeante européenne. Elle lui permet de présenter la crise de son propre système capitaliste comme la conséquence d’une menace extérieure. La militarisation peut ainsi être décrite comme un impératif technique face auquel il n’existerait tout simplement aucune solution de rechange.
Par exemple, le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a déclaré que les gouvernements pourraient maintenir le taux actuel de leurs investissements en santé et dans les retraites – mais qu’alors ils devraient « apprendre à parler russe ».
Voilà pourquoi, dans le portrait de la situation brossé en Occident, la Russie doit être suffisamment faible pour convaincre tout un chacun du bon fonctionnement des sanctions ainsi que des résultats positifs de l’aide accordée à l’Ukraine. En même temps, elle doit être suffisamment puissante pour expliquer pourquoi les gouvernements devraient investir davantage d’argent dans la guerre, et de moins en moins dans les hôpitaux, l’éducation, le logement et les retraites.
Comme le disent les communistes, pour la classe ouvrière, l’ennemi principal est à la maison.