La classe Epstein nous entraîne vers l’abîme

Alors que la guerre et l’effondrement économique mondial s’accélèrent, la classe Epstein au pouvoir sacrifie les travailleurs à l’austérité et au militarisme. Face à la faillite du système capitaliste et à l’impasse du réformisme, seule une rupture révolutionnaire pourra empêcher la chute vers l’abîme.
  • Benoît Tanguay
  • ven. 3 avr. 2026
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Cet article est l’éditorial du numéro 24 de Révolution communiste. Achetez votre copie ici ou abonnez-vous!


La guerre des États-Unis et Israël contre l’Iran est non seulement criminelle, mais totalement désastreuse. Elle reflète le caractère grossier, myope et dépravé des gens qui nous gouvernent – un groupe de criminels de guerre, milliardaires et pédophiles. C’est la guerre de la classe Epstein. 

Elle se déroule exactement comme on pourrait s’y attendre de ces gens. Elle s’est ouverte par le bombardement d’une école primaire et la mort de 150 fillettes. Depuis, les États-Unis et Israël ont bombardé écoles, hôpitaux, bâtiments résidentiels et autres infrastructures civiles, et Israël s’est lancé dans la conquête et le nettoyage ethnique ouvert du sud du Liban. 

Trump s’imaginait qu’attaquer l’Iran serait un jeu d’enfant, une « opération spéciale » qui décapiterait le régime, pour placer à la tête du pays une marionnette à la botte des États-Unis. Il souhaitait faire oublier le scandale Epstein et obtenir une victoire rapide pour redorer son blason terni. 

Mais rapidement, les choses ont viré au désastre. L’Iran a réussi à détruire des bases militaires américaines et des radars importants et dispendieux. Ses attaques contre les infrastructures gazières et pétrolières des pays du golfe ont fait exploser le prix du pétrole. Et comme n’importe qui ayant plus de deux neurones aurait pu le prédire, l’Iran a fini par fermer le détroit d’Ormuz, une des artères de l’économie mondiale. 

Mais comme un joueur compulsif qui perd à répétition et qui en est rendu à miser sa maison et sa voiture, pensant que la prochaine main lui permettra de récupérer sa mise, Trump en remet et se prépare à intensifier la guerre – tout indique qu’il se prépare maintenant à débarquer des troupes en Iran.

Comme un ouragan qui va en grandissant, la guerre dévore tout sur son passage. Toute la planète se dirige rapidement vers une crise économique majeure. 

Toute une série de marchés sont en chute. Les bourses continuent leur descente semaine après semaine depuis le début de la guerre. Les investisseurs liquident leurs avoirs en or et argent, de même que leurs obligations d’État. Les fonds de capital-investissement ont dû limiter les retraits, pour empêcher l’hémorragie. 

Pendant ce temps, la fermeture du détroit d’Ormuz provoque une pénurie et donc une explosion des prix d’une série de matières premières cruciales, en plus du pétrole et du gaz naturel, comme l’engrais, l’hélium, le soufre, etc. Ce sont les travailleurs et les pauvres partout dans le monde, y compris au Canada, qui vont en payer le prix. Les capitalistes, eux, vont s’en mettre plein les poches. Les barons du pétrole albertains en particulier récoltent déjà des profits faramineux.

Cette tempête économique frappera le Canada dans un contexte où le pays se trouvait déjà en mauvaise posture en raison d’une crise de la productivité, d’une crise de la dette publique, et de la guerre commerciale. En février, l’emploi a reculé au pays, avec 84 000 emplois perdus et une hausse du chômage à 6,7% – le pire taux depuis la crise de la COVID.

Après les coupes significatives annoncées par le premier ministre Carney l’an dernier, son nouveau budget approfondit l’austérité, avec 31 milliards de dollars de coupes de plus que ce qui était annoncé l’an dernier. Ces coupes serviront notamment à financer le réarmement massif du Canada. 

Et maintenant, c’est au tour des gouvernements provinciaux de se tourner vers l’austérité. En Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et en Colombie-Britannique en particulier, des attaques significatives sur la classe ouvrière ont été annoncées.

De plus, avec la chute du marché obligataire mondial, les finances publiques en souffriront encore plus. Les investisseurs sont plus frileux de prêter aux gouvernements, et demandent des taux d’intérêt plus élevés sur leurs prêts, ce qui va empirer la crise de la dette publique – et pousser les gouvernements encore plus dans la direction de l’austérité. Cela aura des répercussions explosives.

Dans un contexte où les services publics souffrent déjà d’un sous-financement chronique, alors que les hôpitaux et les universités tombent littéralement en ruine, cette crise des finances publiques ne va pas manquer de nourrir la colère ambiante. L’incapacité du système à offrir des soins de santé décents et une éducation abordable représente une condamnation sans appel du capitalisme.

Déjà, la crise du financement de l’éducation publique est en train de donner naissance à un mouvement étudiant comme on en a rarement vu au Canada anglais. On a vu des débrayages dans une série d’universités et d’écoles secondaires en Ontario, et même des grèves étudiantes en Nouvelle-Écosse et dans une université en Ontario, à Waterloo. 

Jamais l’idée d’une grève étudiante n’a été autant discutée au Canada anglais. C’est particulièrement le cas en Ontario, où Doug Ford a mis la hache dans l’aide financière aux études. Mais la direction du mouvement étudiant ontarien se tourne les pouces, inventant toutes sortes d’excuses pour justifier son refus d’organiser une grève étudiante. Il s’agit d’une véritable crise du leadership. Tôt ou tard, la pression finira par les forcer dans cette direction, ou ils seront remplacés par des leaders étudiants prêts à mener la bataille.

Une crise du leadership similaire frappe aussi le mouvement ouvrier. Le cas de la lutte des agentes de bord d’Air Canada est emblématique de cette crise. Plutôt que de profiter de l’immense mobilisation et combativité de ses membres pour mener une lutte jusqu’à la victoire, la direction du syndicat a mis fin à la grève et envoyé la décision à un arbitre, qui imposera inévitablement un contrat ne répondant pas aux revendications des membres. L’explication qui sera donnée sera qu’il faut « être raisonnable », que les temps sont durs et que tout le monde doit se serrer la ceinture. 

Au Québec, les syndicats parlent depuis des années déjà de la nécessité de lutter contre l’austérité et contre le sous-financement des services publics. L’an dernier, le gouvernement a déposé deux lois représentant des attaques majeures contre les syndicats. Malgré cela, ils ne présentent qu’une opposition verbale et refusent de mener une lutte sérieuse.

En fait, la crise du leadership est une crise du réformisme. Le capitalisme en putréfaction ne peut plus offrir des niveaux de vie décents aux travailleurs. Il n’y a plus de place, non seulement pour des réformes, mais même pour le maintien des moindres conforts pour les travailleurs. La classe dirigeante exige que la classe ouvrière paie la facture de la crise de son système. Dans ce contexte, les dirigeants réformistes à la tête des syndicats et des associations étudiantes sont complètement dépassés et ne savent où donner de la tête, parce qu’ils acceptent les limites du système.

Une perspective révolutionnaire est nécessaire. Sur le chemin de toute solution à chacun de ces maux – guerre, crise économique, austérité, crise de la dette, etc. – se trouve le même obstacle : la classe capitaliste et son système. On ne peut se contenter de changer les meubles sur le Titanic pendant que ces gens gardent les mains sur le gouvernail et nous mènent tout droit vers l’iceberg. Il faut reprendre les leviers économiques et politiques de leurs mains – les exproprier. Cela exige une révolution, et un parti pour mener cette révolution. C’est ce que le PCR propose de faire.

La classe Epstein nous entraîne vers l’abîme : vers la crise économique, l’effondrement des services publics, la militarisation de la société, et vers la guerre – vers la destruction de toute vie civilisée. Nous devons nous organiser dès maintenant pour nous débarrasser d’elle.