
En janvier dernier, Mark Carney a appelé les pays du monde à « retirer l’affiche de leur vitrine » – c’est-à-dire à reconnaître que l’ancien ordre mondial est mort, avant de commencer à en construire un nouveau. Au lieu de la « fiction » d’un ordre international fondé sur des règles, qui ne faisait que couvrir les intérêts des États-Unis d’un vernis hypocrite, il a plaidé en faveur d’une alliance des « puissances moyennes ». Cet ordre, affirmait-il, serait réellement fondé sur le « respect des droits de l’homme » ainsi que sur « la souveraineté et l’intégrité territoriale ».
Cependant, dès le commencement de l’attaque de Trump contre l’Iran, Carney a aussitôt remis l’affiche en vitrine. Il a publié un communiqué dans lequel il qualifie l’Iran de « principale source d’instabilité et de terreur au Moyen-Orient » et soutient le « droit d’Israël à se défendre ». Il appuie les États-Unis, qui agissent « pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire et pour empêcher son régime de continuer à menacer la paix et la sécurité internationales ». Ces propos puent la même vieille hypocrisie de « l’ordre international fondé sur des règles ».
À peine quelques jours plus tard, Carney a changé de cap : il a tempéré son soutien à la guerre, déclarant qu’il s’agissait d’« un nouvel exemple de l’échec de l’ordre international » et qu’il continuait certes à la soutenir, mais « à regret ». Ce volte-face n’est pas une condamnation des atrocités commises par les États-Unis et Israël, ou de la violation de la souveraineté de l’Iran; il s’agit simplement d’une reconnaissance du fait que cette guerre est largement impopulaire.
Alors que deux tiers des Canadiens s’opposent à une implication dans ce conflit, soutenir inconditionnellement les attaques de Trump et de Netanyahou – qui ont rapidement tourné au désastre – serait dangereux pour la popularité de Carney. La plupart des gens ordinaires ne veulent pas d’une guerre avec l’Iran, mais Trump, lui, en veut une. C’est ce qui explique les revirements de Carney. Tant que le capitalisme canadien restera lié au capitalisme américain, il faudra constamment remettre l’affiche dans la vitrine.
Cela expose la vacuité totale du discours de Carney sur une « alliance des puissances moyennes ». Le capitalisme canadien est profondément lié à celui des États-Unis, plus des trois quarts des exportations étant destinés aux marchés américains. Avec l’épée de Damoclès des négociations de l’ACEUM, la classe dirigeante canadienne sait qu’elle doit apaiser Trump. Tout en s’accrochant d’une main au nouvel ordre mondial, Carney s’agrippe à l’ancien de l’autre.
C’est pourquoi, lors du débat à la Chambre des communes sur la guerre (auquel Carney brillait par son absence), les libéraux ont réaffirmé qu’ils resteraient en dehors du conflit — du moins en ce qui concerne toute « action offensive ». Cela laisse ouverte la possibilité de « défendre » nos alliés dans la région — alors que ces alliés, comme Israël, risquent de provoquer la destruction totale du Moyen-Orient dans leur quête de domination sur la région. Le gouvernement a ensuite déclaré qu’il serait disposé à « contribuer aux efforts appropriés » pour rouvrir le détroit d’Ormuz, sans préciser en quoi ces efforts pourraient consister.
C’est toujours la même rengaine, la même hypocrisie que Carney a dénoncée dans son discours à Davos. Carney est prêt à soutenir les États-Unis — mais à contrecœur, seulement pour la défense, ou en respectant nos « valeurs », quoique cela puisse signifier.
Les belles paroles de Carney ne sont rien d’autre qu’une nouvelle couche de vernis sur cette machine qui s’écroule. À mesure qu’elle se détériore, cette machine engendrera la guerre, la crise et la misère. Mais elle engendrera aussi la révolution. Une révolution socialiste mettrait fin au règne des banquiers et des milliardaires qui dilapident la richesse du monde dans des guerres sans fin. La classe ouvrière, en prenant le monde en main et en mettant fin au capitalisme, pourra enfin balayer l’ancien ordre mondial. À sa place, nous ne nous contenterons pas d’un « nouvel ordre mondial » : nous construirons un nouveau monde.