Grève internationale des débardeurs : voilà comment vaincre l’impérialisme

La grève des débardeurs doit servir de modèle pour montrer comment de telles revendications, soulevées à l’international, peuvent être satisfaites. Une action coordonnée et combative des travailleurs du monde entier, appuyée par la jeunesse radicale, ferait trembler de peur les va-t-en-guerre impérialistes, qui oppriment et exploitent chez eux pour massacrer à l’étranger.
  • Oliver Brotherton
  • jeu. 5 nov. 2026
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Le 30 octobre, dans 113 ports sur six continents, des milliers de débardeurs organisés dans 25 syndicats se sont mis en grève dans le cadre d’une manifestation inspirante et brillamment coordonnée contre la militarisation, la guerre et les atteintes aux droits des débardeurs. Dans un monde où le capitalisme est en train de pourrir et où les travailleurs et les jeunes sont confrontés sur une base quotidienne aux horreurs brutales de l’impérialisme, cette grève internationale des débardeurs est un exemple éclatant pour tout le mouvement syndical. Mais nous ne devons pas en rester là.

Depuis des années déjà, sans relâche, les débardeurs jouent un rôle de premier plan dans la lutte contre la guerre et le militarisme. Depuis le début du génocide commis par Israël à Gaza il y a trois ans, les débardeurs de l’Italie, de la Grèce, de l’Espagne, de la France et de bien d’autres pays ont à maintes reprises courageusement empêché les livraisons d’armes au Moyen-Orient.

La grève du 30 octobre se préparait depuis des mois. Il y a plus d’un an que l’idée d’une journée internationale d’action sous le slogan « Les débardeurs ne travaillent pas pour la guerre » a été lancée lors d’une réunion de syndicats militants organisée en Italie par l’Unione Sindicale di Base (USB). Les premières réunions ont été suivies d’une série de discussions entre des syndicats de toute la Méditerranée, qui ont abouti à la Déclaration d’Istanbul, laquelle stipule :

« Nous réaffirmons notre ferme NON à l’économie de guerre, aux plans de réarmement des gouvernements et aux plans de militarisation des ports et des infrastructures stratégiques, parce que nos ressources doivent être employées pour financer les besoins du peuple, de même que les salaires et les mesures de santé et sécurité au travail. »

À cette fin :

« Les syndicats doivent redoubler de vigilance, informer les travailleurs, dénoncer les cargaisons de guerre et, par tous les moyens nécessaires, organiser une résistance de masse, constante et collective. »

C’est précisément la combativité dont nous avons besoin. En effet, la grève de vendredi marquait le point culminant des plans esquissés dans la déclaration, mais sa portée s’est étendue bien plus loin que dans la seule zone méditerranéenne où il était initialement prévu qu’elle se cantonne. Les grèves des débardeurs ont majoritairement eu lieu en Europe, mais certaines ont aussi été organisées aux quatre coins du monde – de Melbourne à Montevideo, et de Mumbai à Malmö.

Les débardeurs jouent un rôle crucial dans les chaînes mondiales d’approvisionnement desquelles dépend l’impérialisme, et ce, particulièrement depuis la guerre en Ukraine et les guerres à Gaza et en Iran. Ce n’est pas un hasard si ce sont principalement des travailleurs en Europe qui ont fait grève le 30 : dans les cinq dernières années, le continent est devenu le plus grand importateur d’armement au monde.

Les travailleurs impliqués dans le chargement et le déchargement des armes utilisées dans le cadre de la guerre impérialiste ont conscience de ce que leur rôle signifie. Au moment d’annoncer la grève, les syndicats participants ont à juste titre dénoncé la militarisation des milieux de travail des débardeurs :

« Des avions aux chars d’assaut, des fusils aux balles, des explosifs aux munitions, des uniformes aux bottes, nos ports sont devenus des bases de ravitaillement et de transit pour la guerre et le génocide. »

C’est précisément cette position charnière dans le réseau de transport qui confère aux débardeurs leur capacité exceptionnelle à enrayer la machine de guerre. Les organisateurs ont estimé que la grève du 30 a pu perturber le transport de pas moins de 52 000 conteneurs d’une valeur totale de 2,8 milliards de dollars. Cela montre l’immense pouvoir qui reste latent au sein de cette catégorie de travailleurs.

Il n’est pas difficile d’imaginer l’immense impact que pourrait avoir une action organisée à une plus large échelle par cette couche combative des travailleurs. C’est là une leçon inestimable à laquelle le mouvement ouvrier en général devrait prêter attention.

« Nous ne travaillerons pas pour leurs guerres »

Surtout, les débardeurs ont lié la journée d’action du 30 non seulement à la lutte contre la guerre et l’impérialisme, mais aussi à des revendications politiques et économiques plus larges. Comme l’a bien souligné un débardeur en Italie :

« Votre gouvernement engouffre 5% du PIB dans les dépenses militaires, puis vous vous asseyez à la table avec ses représentants et ils vous disent : “Nous n’avons pas d’argent.” Il y a un foutu problème politique. Ce n’est pas un problème syndical. »

En Italie, la grève a été partie intégrante de la grande journée d’action qui a impliqué des milliers de travailleurs et de jeunes en lutte contre des conditions de vie et de travail insoutenables. C’est un pas important vers l’avant, puisqu’il lie la lutte des débardeurs à la lutte plus large contre toutes les crises auxquelles font face les travailleurs et les jeunes. Dans les mots d’un membre de l’USB à Gênes :

« À ce stade, chaque secteur réalise que c’est seulement en unissant nos forces que nous pouvons vraiment exprimer, haut et fort et clairement, toutes les raisons qui nous amènent dans la rue. »

Ailleurs, les travailleurs ont naturellement associé la lutte contre le militarisme et la guerre à la lutte pour une vie meilleure. Le dirigeant du syndicat des débardeurs du port autonome du Pirée, le plus grand port de Grèce, a dit en entrevue avec Reuters que les travailleurs ne peuvent même pas acheter de l’essence pour se rendre en voiture à l’épicerie en raison de l’inflation, alimentée notamment par la guerre en Iran.

Mais les débardeurs sont également confrontés à un risque plus immédiat lié aux conflits impérialistes en cours. Des centaines de travailleurs à bord des navires et dans les ports ont été tués ces derniers mois, les patrons ayant imposé la poursuite du travail malgré les risques d’être pris pour cible en mer Noire ou dans la région du détroit d’Ormuz.

« Nous ne travaillerons pas pour leurs guerres, et nous ne deviendrons pas de la chair pour leurs canons », a déclaré le dirigeant du syndicat grec des ingénieurs de la marine marchande. « Nous l’avons vécu personnellement, et nos familles l’ont vécu aussi, en vivant dans l’angoisse de ne pas savoir si un collègue allait rentrer à la maison. »

De telles craintes ne sont pas propres aux débardeurs. Les travailleurs et les jeunes du monde entier les partagent. Ce n’est pas un hasard si la grève a eu lieu en même temps que les mobilisations actuelles en France, en Espagne, en Italie, en Albanie, au Brésil, etc. Toutes sont le produit d’une colère grandissante parmi une vaste couche d’exploités. Cette couche n’en peut plus de l’inaction, et elle est à la recherche de solutions nouvelles et radicales.

La grève des débardeurs doit servir de modèle pour montrer comment de telles revendications, soulevées à l’international, peuvent être satisfaites. Une action coordonnée et combative des travailleurs du monde entier, appuyée par la jeunesse radicale, ferait trembler de peur les va-t-en-guerre impérialistes, qui oppriment et exploitent chez eux pour massacrer à l’étranger.

Mais, comme l’ont démontré les débardeurs, de telles tactiques exigent un haut degré d’organisation et de coordination.

Pour réussir, il faut faire connaître dans tous les secteurs clés de l’économie la nécessité de grèves internationales coordonnées et l’exemple donné par les débardeurs, et relier cela à un programme révolutionnaire visant à transformer la société.

Ce dernier point est fondamental. La grève de vendredi a montré que les débardeurs peuvent mettre les freins à la machine de guerre, mais qu’il n’est pas suffisant pour les travailleurs de tenir les patrons en otage. Ils doivent prendre le pouvoir entre leurs mains. C’est le seul moyen, une fois pour toutes, d’abattre le système capitaliste et de mettre fin aux guerres qu’il engendre.