
Les 14 et 15 septembre, Mark Carney a organisé un sommet privé réunissant certains des PDG et investisseurs les plus riches au monde. À l’hôtel Four Seasons de Toronto, à l’abri des regards des gens ordinaires, la clique des capitalistes a discuté de l’avenir de l’économie canadienne.
On sait très peu de choses sur ce qui figurait réellement à l’ordre du jour. Mais l’objectif déclaré était d’attirer des investissements. Quelque 167 projets d’infrastructure ont été présentés aux participants, qui ont été invités à y investir – notamment des mines, des ports et des projets dans les domaines de l’énergie et de l’électricité.
En réponse à la menace de Trump de faire du Canada le 51e État, Carney a déclaré que le Canada n’était pas à vendre. Mais c’est manifestement un mensonge. On voit ici son gouvernement se plier en quatre pour vendre au plus offrant des ressources naturelles inestimables ainsi que des leviers clés de l’économie. Il aide ainsi les riches à s’enrichir encore davantage.
La « démocratie » capitaliste
On nous répète sans cesse que le capitalisme est le seul système véritablement démocratique. Mais on voit ici une illustration parfaite de la manière dont le système fonctionne réellement.
Cette réunion a rassemblé de puissants capitalistes et milliardaires venus du monde entier. La liste des invités est restée en grande partie confidentielle. Parmi les noms qui ont toutefois été révélés, il y avait entre autres Jonathan Price (PDG de Teck Resources), Éric Martel (PDG de Bombardier), Rich Kruger (PDG de Suncor Energy), Larry Fink (PDG de BlackRock) ainsi que des représentants de l’Abu Dhabi National Oil Company, du Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite et de la China Investment Corporation.
Au total, les participants ont la main sur près de 120 000 milliards de dollars d’actifs.
Pendant deux jours, ces personnes et ces entités ont bénéficié d’un accès direct à Carney ainsi qu’aux 13 premiers ministres du pays. De plus, d’importants membres du gouvernement, tels que le ministre des Finances François-Philippe Champagne et le ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis Dominic LeBlanc, ont animé des « séances d’investissement ».
Nous avons le droit d’élire un nouveau Parlement tous les quatre ans, mais c’est lors de réunions comme celle-ci que se prennent toutes les vraies décisions. Que ce soit lors de grands sommets ou de petites réunions privées, les riches et les puissants de ce monde se retrouvent en coulisses pour réseauter, conclure des accords secrets et porter leurs revendications directement aux oreilles des politiciens.
Le gouvernement a pour fonction de facilier cette prise de décision à huis-clos. Comme l’ont souligné Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste, « l’État moderne n’est qu’un comité chargé de gérer les affaires communes de l’ensemble de la bourgeoisie ». Nous en trouvons ici un exemple très concret.
En réalité, le capitalisme est tout sauf une véritable démocratie. C’est le règne de cliques secrètes d’élites non élues.
Ce sont les travailleurs qui paieront
Nous ne connaîtrons peut-être jamais tous les détails de ce qui a été discuté. Mais ce qui a été révélé en donne d’assez bons indices. Dans son discours d’ouverture, Carney a annoncé deux nouvelles mesures élaborées pleinement pour satisfaire les milliardaires.
Tout d’abord, le gouvernement offrira des concessions afin que des entreprises privées prennent en charge la gestion des quatre plus grands aéroports du pays (Toronto, Montréal, Vancouver et Calgary). Il s’agit, en réalité, de la privatisation des aéroports les plus importants.
Des torchons capitalistes comme le National Post prétendent que cela rendra les aéroports moins chers et plus efficaces. Mais c’est un non-sens même d’un point de vue pro-capitaliste. En théorie, c’est la libre concurrence qui est censée faire baisser les prix. Or les grands aéroports détiennent un monopole de fait sur les vols internationaux et les vols intérieurs longue distance.
Dans les faits, cela gonflera encore plus les prix, alors que les billets d’avion sont déjà déraisonnablement chers pour le travailleur moyen.
Deuxièmement, Carney promet une « méga » déduction fiscale pour les entreprises. Le gouvernement fédéral prévoit de réduire considérablement l’impôt sur les investissements des entreprises, le faisant passer de 13% à 6,4%. Selon Carney, ce taux est « inférieur à la moitié de celui des États-Unis, représente environ un tiers de la moyenne de l’OCDE et un quart de la moyenne du G7 ».
Il s’agit là d’un cadeau colossal remis aux capitalistes du pays. Et cela aura un coût. Même Doug Ford, qui soutient cette mesure, admet qu’elle entraînera une baisse des recettes fiscales de deux milliards de dollars pour l’Ontario seulement.
Dans un contexte où le gouvernement croule sous une dette colossale et où Carney promet des aides de plusieurs dizaines de milliards de dollars aux plus grandes entreprises, une telle perte de revenu est complètement insoutenable.
Le calcul est très simple. Pour financer tout cela, le gouvernement devra s’en prendre à la classe ouvrière. Cette « mégadéduction » ne fait qu’accroître la pression exercée sur l’État pour qu’il impose des mesures d’austérité encore plus sévères.
L’ancien premier ministre Stephen Harper l’a clairement exprimé dans son discours de clôture du sommet. Il a déclaré : « Pour préserver cette souveraineté, nous devons réduire notre dépendance vis-à-vis des États-Unis. Cet effort entraînera des coûts importants, mais je crois et j’espère que les Canadiens sont en mesure de les assumer et qu’ils sont prêts à les accepter. » (Nos italiques.)
En d’autres termes, les travailleurs devront subir une dégradation des soins de santé, de l’éducation et des services publics afin que les riches puissent s’enrichir davantage. C’est là la conséquence inévitable du capitalisme.
Exproprions les milliardaires
Il n’y a aucune raison pour qu’il en soit ainsi. La société est assez riche pour se permettre à la fois de développer l’économie et d’avoir des écoles, des hôpitaux et des services sociaux de qualité. Le seul problème, c’est que cette richesse est accaparée par une poignée de gens.
Entre 2024 et 2025, la fortune des milliardaires canadiens a augmenté de près de 95 milliards de dollars, soit d’environ 20%. Le 1% le plus riche du pays détient désormais 3 900 milliards de dollars.
En même temps, ces gens refusent d’investir dans la production. Les investissements des entreprises dans la machinerie, les usines, la propriété intellectuelle et les équipements stagnent à environ 11% du PIB depuis une dizaine d’années. Le gouvernement doit supplier, faire pression, inciter et, bien souvent, prendre lui-même en charge les coûts d’investissement s’il veut que des projets voient le jour.
Les capitalistes disposent de fortunes incroyables, et ont en même temps le culot d’exiger plus d’allègements fiscaux et d’aides, afin de pouvoir s’enrichir encore davantage sans avoir à prendre le moindre risque sérieux. Il est incroyable de voir combien le capitalisme est devenu parasitaire.
Face aux critiques formulées quant au sommet sur l’investissement organisé par Carney, les défenseurs du capitalisme rétorquent : « Quel est votre problème? Ne voulez-vous pas d’investissements? » Les communistes révolutionnaires sont en faveur de l’investissement – nous posons simplement les questions suivantes : « Dans l’intérêt de qui? Et sous le contrôle de qui? »
Face à la crise du capitalisme, la bourgeoisie n’est disposée à investir que si elle a la garantie de pouvoir en tirer le maximum de profits tout en n’apportant que peu, voire rien, à la société. La seule issue à cette crise consiste à exproprier ces parasites milliardaires et à utiliser cette immense richesse, produite grâce au travail de la classe ouvrière, pour le bien de la société dans son ensemble.
Exproprions les milliardaires!
Pour une planification socialiste de l’économie!